Le deuxième panel a été modéré par Madame Rachidatou Abdoul Mounmouni.

Il a réuni :

Monsieur Modibo Fofana, président de l’Association des professionnels de la presse en ligne du Mali ;

Monsieur Noël Tadégnon, représentant de TogoCheck ;

Monsieur Frédéric Doumdé, secrétaire général de l’ONG MEDEV au Tchad.

Expérience du Mali

L’intervention consacrée au Mali a rappelé que le téléphone portable est devenu à la fois une radio, un journal, une télévision, une banque et un outil de communication.

Avec un smartphone et une connexion, tout citoyen peut produire et diffuser une information. Cette démocratisation offre des possibilités importantes, mais elle efface progressivement la frontière entre les producteurs professionnels d’information et les autres utilisateurs.

Dans ce nouvel environnement, le journaliste doit se distinguer par la méthode, la vérification, la contextualisation, l’éthique et la responsabilité.

L’intervenant a souligné le caractère stratégique de l’information dans un contexte de crise. Une publication non vérifiée peut influencer l’opinion, perturber les opérations de sécurité, mettre des vies en danger ou porter atteinte à la souveraineté nationale.

La question des discours de haine a également été abordée. Les médias et les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour amplifier des tensions, opposer les communautés et affaiblir la confiance envers les institutions.

Il a recommandé de sensibiliser les journalistes, les élèves, les organisations citoyennes et les activistes à la vérification des informations, à l’identification des sources et à l’évaluation des conséquences d’une publication.

Expérience du Togo

Monsieur Noël Tadégnon a relevé la fragmentation des cadres réglementaires africains et la nécessité d’harmoniser les approches.

Les pays africains disposent de capacités technologiques et financières limitées lorsqu’ils agissent séparément. Il est donc nécessaire qu’ils coopèrent pour établir un rapport de force plus équilibré avec les grandes plateformes internationales.

Il a estimé que les plateformes qui tirent profit des marchés africains doivent disposer de représentations sur le continent, dialoguer avec les régulateurs, comprendre les langues locales et respecter les législations nationales.

Il a également évoqué les possibilités offertes par l’intelligence artificielle et les outils de collecte automatisée des données. Ces technologies peuvent être utilisées pour développer des solutions utiles, mais elles peuvent aussi faciliter la collecte abusive de données, le profilage et les manipulations.

Il a appelé les développeurs africains à privilégier des usages responsables et éthiques de l’intelligence artificielle.

L’Afrique ne doit pas rester une simple consommatrice de technologies conçues ailleurs. Elle doit investir dans la recherche, anticiper les évolutions et développer ses propres outils.

Expérience du Tchad

L’intervention du Tchad a insisté sur la nécessité d’aborder la désinformation avec le grand public, les communautés locales et la diaspora.

Derrière certaines campagnes de désinformation se trouvent des intérêts économiques, politiques et géopolitiques. La réponse doit donc dépasser les initiatives isolées et s’appuyer sur une posture commune.

L’intervenant a recommandé d’harmoniser les réglementations, de renforcer la coopération entre administrations et d’associer les diasporas aux mécanismes de veille, de sensibilisation et de réponse.

Les échanges ont mis en évidence la nécessité de renforcer les capacités de tous les acteurs afin qu’ils puissent distinguer une information fiable d’un contenu manipulé.

Plusieurs participants ont insisté sur l’éducation aux médias. Les lois et les décisions administratives ne suffisent pas à protéger les populations. Il faut développer des actions concrètes au niveau des écoles, des villages, des communautés rurales, des associations et des médias de proximité.

Il a également été rappelé que l’Afrique constitue un marché important pour les plateformes numériques. Elle ne doit pas rester une simple consommatrice de services et de contenus. Elle doit participer à la conception des technologies, à la production de connaissances, à la gouvernance des données et à la définition des règles.

La modératrice a appelé à unir les forces des gouvernements, des médias, des organisations de la société civile, des entreprises technologiques, des chercheurs et des citoyens.
Elle a recommandé l’adoption d’un cadre juridique clairement défini sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, accompagné de mécanismes de formation, de contrôle, de transparence et de protection des droits fondamentaux.

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