La capitale sénégalaise accueille, du 6 au 7 octobre 2026, la conférence régionale consacrée à la « Désinformation, cohésion sociale et résilience informationnelle en Afrique de l’Ouest », à l’Hôtel Fleur de Lys.

Dakar, 6 octobre 2026. Après Niamey et Ouagadougou, la dynamique régionale de lutte contre la désinformation et de renforcement de la résilience informationnelle se poursuit à Dakar. La capitale sénégalaise accueille, les 6 et 7 octobre 2026, une conférence sous-régionale consacrée au thème : « Désinformation, cohésion sociale et résilience informationnelle en Afrique de l’Ouest ».

Organisée par Benbere, avec l’appui de l’International Media Support (IMS) et le soutien de DANIDA, cette rencontre réunit des professionnels des médias, journalistes, fact-checkers, chercheurs, web-activistes, créateurs de contenus et acteurs de la société civile venus notamment du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Bénin, du Togo et du Sénégal.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par l’intervention d’Abdoulaye Guindo, Coordinateur général de Benbere, qui a placé les travaux sous le signe de la coopération régionale.

Pour lui, la désinformation ne connaît « ni frontière, ni passeport, ni visa ». Une réalité qui impose de dépasser les réponses isolées et de construire des mécanismes régionaux capables de détecter les campagnes de manipulation, d’alerter rapidement et de favoriser des réponses collectives.

L’évolution de l’espace informationnel ouest-africain crée de nouvelles opportunités, mais également de nouveaux risques. Les réseaux sociaux ont démocratisé l’accès à l’information et permis à un nombre croissant de citoyens de produire et de diffuser des contenus. Dans le même temps, les campagnes coordonnées de désinformation, les discours de haine, la manipulation de l’opinion et les contenus générés ou transformés par l’intelligence artificielle prennent une ampleur nouvelle.

« La désinformation fonctionne en réseau. La vérité doit apprendre à fonctionner en réseau elle aussi », a souligné Abdoulaye Guindo, appelant à faire de cette conférence un point de départ pour une coopération régionale durable.

Au nom d’International Media Support, Djibril Saidou, représentant d’IMS au Sahel, a réaffirmé l’importance du soutien aux médias indépendants et communautaires dans la construction d’un environnement informationnel plus résilient.

Le Programme Sahel d’IMS, mis en œuvre au Burkina Faso, au Mali et au Niger, intervient notamment dans le renforcement des capacités éditoriales, organisationnelles, économiques et sécuritaires des médias. Il soutient également la production et la diffusion de contenus d’intérêt public en français et dans les langues locales, ainsi que les initiatives de fact-checking, d’éducation aux médias et d’engagement des blogueurs et web-activistes.

Selon les données présentées lors de la cérémonie, le programme accompagne notamment quatre médias en ligne, une vingtaine de radios communautaires, trois associations de blogueurs et web-activistes, deux maisons de production audiovisuelle et une organisation sous-régionale de journalisme d’investigation.

Au total, 1 459 émissions et contenus ont été produits et 150 journalistes et professionnels des médias accompagnés. Les médias partenaires ont potentiellement touché 3,5 millions de personnes dans les trois pays d’intervention, avec une attention particulière accordée aux femmes et aux jeunes.

Intelligence artificielle, langues africaines : de nouveaux défis

Les échanges ont également mis en évidence les transformations rapides de l’écosystème informationnel.

La montée en puissance de l’intelligence artificielle générative facilite désormais la production de contenus manipulés, de deepfakes, de faux comptes et de campagnes coordonnées susceptibles de se diffuser à grande vitesse.

À cette problématique s’ajoute celle de la couverture insuffisante de certaines langues africaines dans les mécanismes de veille, de détection et de modération des plateformes numériques. Le bambara, le dioula, le mooré, le fulfulde, le haoussa ou encore le wolof sont notamment concernés.

Pour les participants, les réponses ne peuvent donc être uniquement technologiques. Elles doivent être conçues au plus près des réalités locales, avec une implication accrue des médias, fact-checkers, chercheurs, organisations de la société civile, régulateurs, communautés et acteurs numériques.

Vers Ouest Africa Info Watch

La conférence de Dakar entend aller au-delà du simple diagnostic. Les participants ambitionnent de poser les bases de Ouest Africa Info Watch, un mécanisme régional de veille, d’alerte précoce, de partage d’informations et de réponse collective face aux campagnes de désinformation.

La représentante de l’Ambassade du Danemark a encouragé les participants à utiliser ces deux jours de travaux pour définir des mécanismes concrets permettant de partager les alertes, de vérifier les informations et de coordonner les réponses à l’échelle régionale.

Les travaux devraient également aboutir à des recommandations communes et contribuer à l’élaboration d’une Déclaration de Dakar, ainsi qu’à une feuille de route pour la période 2026-2027.

L’ambition est notamment de renforcer les compétences des acteurs locaux, de développer des mécanismes adaptés aux langues africaines, de promouvoir l’éducation aux médias et de renforcer le dialogue avec les plateformes numériques sur leurs responsabilités en matière de modération et d’intégrité de l’information.

Prenant la parole au nom de l’Ambassade du Royaume du Danemark au Sénégal, la Cheffe de mission adjointe a salué la tenue de cette rencontre et l’engagement des acteurs présents.

Elle a rappelé les difficultés auxquelles sont confrontés, au quotidien, les journalistes et les acteurs de l’information : vérifier une information, démentir une rumeur et faire parvenir des faits fiables aux populations concernées.

Le soutien du Danemark au Programme Sahel mis en œuvre par IMS, a-t-elle expliqué, s’inscrit dans des priorités liées à la défense des droits humains, au soutien aux médias libres et indépendants et au renforcement de la société civile.

Dans son intervention, elle a insisté sur trois priorités.

La première consiste à investir dans la confiance. La vérification et la correction des fausses informations sont essentielles, mais elles doivent aller de pair avec l’accès des citoyens à un journalisme de qualité, à des sources diversifiées et à des informations utiles à leur quotidien. Elle a notamment souligné la nécessité de disposer de médias indépendants dotés de moyens suffisants, de journalistes pouvant travailler en sécurité et de contenus accessibles dans les langues utilisées par les populations.

Dans cette perspective, les radios communautaires et les acteurs locaux occupent une place essentielle dans la diffusion d’une information fiable et adaptée aux réalités des communautés.

La deuxième priorité concerne la nécessité de lutter contre la désinformation tout en protégeant la liberté d’expression. Une critique, même dérangeante, ne constitue pas nécessairement une désinformation, pas plus qu’un désaccord ne doit être assimilé à une menace.

La lutte contre les manipulations informationnelles, a-t-elle insisté, doit rester conforme aux droits humains et ne saurait servir de prétexte pour réduire au silence les voix critiques ou entraver le travail des journalistes. Cette responsabilité concerne également les plateformes numériques, appelées à mieux prendre en compte les langues et les réalités locales dans leurs dispositifs de modération.

Enfin, la troisième priorité porte sur le renforcement de la coopération régionale. Les campagnes de désinformation traversent les frontières et circulent dans plusieurs langues. Les acteurs chargés de les détecter doivent donc pouvoir partager rapidement leurs analyses et leurs alertes afin de mieux comprendre les phénomènes et d’y répondre collectivement.

Après le Forum régional organisé à Niamey par l’ANIWEB, puis les initiatives portées à Ouagadougou par le CENEZO, l’étape de Dakar confirme l’émergence progressive d’une dynamique ouest-africaine autour de la résilience informationnelle.

Ces différentes initiatives reposent sur un même constat : la désinformation ne s’arrête pas aux frontières nationales. Les récits trompeurs, les campagnes de manipulation et les contenus haineux circulent rapidement d’un pays à l’autre, s’adaptent aux contextes locaux et peuvent exploiter les tensions politiques, sociales ou sécuritaires.

Pendant deux jours, Dakar se positionne ainsi comme un espace de dialogue et de coopération autour d’un enjeu devenu stratégique pour la région : comment protéger l’intégrité de l’information sans fragiliser la liberté d’expression, et comment faire du numérique un outil de cohésion plutôt qu’un facteur de division ? De Niamey à Ouagadougou, puis à Dakar, une même dynamique se dessine : faire de la résilience informationnelle une responsabilité collective et construire, à l’échelle régionale, des réponses capables de faire face aux nouvelles formes de manipulation de l’information

Soumaila Hainikoye / Président ANIWEB

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