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Niger : Quand la désinformation fragilise la paix et la cohésion sociale!

Dans la région de Tillabéri, au cœur du Sahel nigérien, la désinformation s’est imposée comme une menace silencieuse. Les fausses nouvelles circulent à grande vitesse sur les réseaux sociaux et par le bouche-à-oreille, alimentant la peur, la méfiance et parfois la violence. Dans une zone déjà marquée par l’insécurité et les tensions communautaires, ces rumeurs deviennent des armes invisibles qui sapent la cohésion sociale. « On nous avait dit qu’un groupe de terroristes allait attaquer notre marché le vendredi. Beaucoup ont fui, les commerçants ont fermé leurs étals. Finalement, il ne s’est rien passé. Mais la peur est restée », raconte Aïssa, vendeuse de poisson.
Son voisin, I.H, ajoute : « Une autre fois, on a entendu que l’armée allait recruter de force les jeunes du village. Certains ont quitté la région par crainte. Après coup, on a appris que c’était une fausse information ».

Jointe par nos soins, une autorité locale confirme l’ampleur du problème :
« Les rumeurs circulent plus vite que nos communiqués officiels. Quand une fausse information se répand, elle peut provoquer des déplacements massifs des populations, des tensions entre communautés, voire des affrontements. La désinformation est devenue un défi sécuritaire autant qu’un défi de gouvernance ».
La circulation des fausses informations a pris de l’ampleur. Elle impacte négativement les relations sociales dans les zones rurales et urbaines. Ses victimes sont dans toutes les catégories sociales et communautaires. En août 2026, dans une des communes rurales de Kollo, sur la base d’une fausse information, un couple, exploitant un jardin potager, a vu son domaine investi par des éléments des Forces de Défense et de Sécurité qui ont fouillé les lieux de fond en comble ainsi que son domicile. Le couple et ses employés ont été embarqués pour Niamey. Détenus dans un des centres de lutte contre le terrorisme, ils ont été libérés quelques heures plus tard après investigations. Dans le village, la confiance entre les populations s’est effritée, et des accusations sont portées sur les uns et les autres.
Mangayzé, dans la région de Tillabéri, est un des grands marchés à bétail de ladite région et qui alimente la ville de Niamey. Il a perdu sa bonne réputation et sa fréquentation, à la suite d’une désinformation qui a mis en cause de paisibles citoyens. Ainsi, ils y ont perdu la vie, abattus par des miliciens locaux, il y a déjà quelques années. Depuis lors, les éleveurs fréquentent très rarement ce marché.
Pour ce chef du village et leader communautaire, la désinformation mine la confiance : « Les jeunes ne savent plus qui croire. Quand une rumeur accuse une communauté d’être complice des groupes armés, cela crée des divisions. Nous travaillons à rétablir le dialogue, mais sans une éducation aux médias et une communication transparente des autorités, nos efforts restent fragiles ».
L’analyse du phénomène :
La désinformation agit comme un catalyseur de la peur et de la méfiance, explique le journaliste et spécialiste en communication Hama Adamou. Il ajoute qu’elle fragilise les mécanismes traditionnels de médiation communautaire et réduit la confiance envers les institutions. La désinformation menace dangereusement la cohésion sociale et affecte l’équilibre et l’harmonie des groupes ethnolinguistiques. Quand on diffuse sur WhatsApp des fausses informations qui s’en prennent à une communauté précise, cette dernière devient méfiante à l’égard des autres. Ce qui sape le vivre-ensemble.
Hama Adamou souligne que la désinformation nuit aussi aux bases économiques des terroirs. Certains acteurs économiques ont préféré quitter les provinces pour les centres urbains. N’arrivant plus à dissocier la bonne information de la mauvaise, les éleveurs pasteurs hésitent à fréquenter certaines zones très propices à leur activités. La désinformation nourrit le terrorisme et déboussole les populations.
Des pistes de solution :
Hama Adamou souligne qu’en matière de solutions, il faut agir sur deux fronts: l’éducation aux médias sociaux et la sensibilisation. Les jeunes ont besoin d’une formation solide en médias sociaux. Cette éducation doit être intégrée dans le cursus scolaire du primaire au supérieur. Il s’agit surtout de développer l’esprit critique chez les jeunes. Pour les adultes, il faut accentuer la sensibilisation sur la qualité des informations qui circulent sur les réseaux sociaux et comment reconnaître la fausse information. À cela s’ajoute le renforcement du fact-checking en langues nationales, la communication proactive des autorités pour contrer les rumeurs et le dialogue intercommunautaire pour restaurer la confiance.
Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de 6 mois du projet SAIL+ du Centre for Journalism Innovation and Development (CJID)
Awal oumarou Ibrahim
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Après les étapes de Niamey et de Ouagadougou, la dynamique régionale de réflexion sur la désinformation, la cohésion sociale et la résilience informationnelle se poursuit à Dakar.

La capitale sénégalaise accueille, du 6 au 7 octobre 2026, la conférence régionale consacrée à la « Désinformation, cohésion sociale et résilience informationnelle en Afrique de l’Ouest », à l’Hôtel Fleur de Lys.
Dakar, 6 octobre 2026. Après Niamey et Ouagadougou, la dynamique régionale de lutte contre la désinformation et de renforcement de la résilience informationnelle se poursuit à Dakar. La capitale sénégalaise accueille, les 6 et 7 octobre 2026, une conférence sous-régionale consacrée au thème : « Désinformation, cohésion sociale et résilience informationnelle en Afrique de l’Ouest ».
Organisée par Benbere, avec l’appui de l’International Media Support (IMS) et le soutien de DANIDA, cette rencontre réunit des professionnels des médias, journalistes, fact-checkers, chercheurs, web-activistes, créateurs de contenus et acteurs de la société civile venus notamment du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Bénin, du Togo et du Sénégal.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par l’intervention d’Abdoulaye Guindo, Coordinateur général de Benbere, qui a placé les travaux sous le signe de la coopération régionale.
Pour lui, la désinformation ne connaît « ni frontière, ni passeport, ni visa ». Une réalité qui impose de dépasser les réponses isolées et de construire des mécanismes régionaux capables de détecter les campagnes de manipulation, d’alerter rapidement et de favoriser des réponses collectives.
L’évolution de l’espace informationnel ouest-africain crée de nouvelles opportunités, mais également de nouveaux risques. Les réseaux sociaux ont démocratisé l’accès à l’information et permis à un nombre croissant de citoyens de produire et de diffuser des contenus. Dans le même temps, les campagnes coordonnées de désinformation, les discours de haine, la manipulation de l’opinion et les contenus générés ou transformés par l’intelligence artificielle prennent une ampleur nouvelle.
« La désinformation fonctionne en réseau. La vérité doit apprendre à fonctionner en réseau elle aussi », a souligné Abdoulaye Guindo, appelant à faire de cette conférence un point de départ pour une coopération régionale durable.

Au nom d’International Media Support, Djibril Saidou, représentant d’IMS au Sahel, a réaffirmé l’importance du soutien aux médias indépendants et communautaires dans la construction d’un environnement informationnel plus résilient.
Le Programme Sahel d’IMS, mis en œuvre au Burkina Faso, au Mali et au Niger, intervient notamment dans le renforcement des capacités éditoriales, organisationnelles, économiques et sécuritaires des médias. Il soutient également la production et la diffusion de contenus d’intérêt public en français et dans les langues locales, ainsi que les initiatives de fact-checking, d’éducation aux médias et d’engagement des blogueurs et web-activistes.
Selon les données présentées lors de la cérémonie, le programme accompagne notamment quatre médias en ligne, une vingtaine de radios communautaires, trois associations de blogueurs et web-activistes, deux maisons de production audiovisuelle et une organisation sous-régionale de journalisme d’investigation.
Au total, 1 459 émissions et contenus ont été produits et 150 journalistes et professionnels des médias accompagnés. Les médias partenaires ont potentiellement touché 3,5 millions de personnes dans les trois pays d’intervention, avec une attention particulière accordée aux femmes et aux jeunes.
Intelligence artificielle, langues africaines : de nouveaux défis
Les échanges ont également mis en évidence les transformations rapides de l’écosystème informationnel.
La montée en puissance de l’intelligence artificielle générative facilite désormais la production de contenus manipulés, de deepfakes, de faux comptes et de campagnes coordonnées susceptibles de se diffuser à grande vitesse.
À cette problématique s’ajoute celle de la couverture insuffisante de certaines langues africaines dans les mécanismes de veille, de détection et de modération des plateformes numériques. Le bambara, le dioula, le mooré, le fulfulde, le haoussa ou encore le wolof sont notamment concernés.
Pour les participants, les réponses ne peuvent donc être uniquement technologiques. Elles doivent être conçues au plus près des réalités locales, avec une implication accrue des médias, fact-checkers, chercheurs, organisations de la société civile, régulateurs, communautés et acteurs numériques.
Vers Ouest Africa Info Watch
La conférence de Dakar entend aller au-delà du simple diagnostic. Les participants ambitionnent de poser les bases de Ouest Africa Info Watch, un mécanisme régional de veille, d’alerte précoce, de partage d’informations et de réponse collective face aux campagnes de désinformation.

Prenant la parole au nom de l’Ambassade du Royaume du Danemark au Sénégal, la Cheffe de mission adjointe a salué la tenue de cette rencontre et l’engagement des acteurs présents.
Elle a rappelé les difficultés auxquelles sont confrontés, au quotidien, les journalistes et les acteurs de l’information : vérifier une information, démentir une rumeur et faire parvenir des faits fiables aux populations concernées.
Le soutien du Danemark au Programme Sahel mis en œuvre par IMS, a-t-elle expliqué, s’inscrit dans des priorités liées à la défense des droits humains, au soutien aux médias libres et indépendants et au renforcement de la société civile.
Dans son intervention, elle a insisté sur trois priorités.
La première consiste à investir dans la confiance. La vérification et la correction des fausses informations sont essentielles, mais elles doivent aller de pair avec l’accès des citoyens à un journalisme de qualité, à des sources diversifiées et à des informations utiles à leur quotidien. Elle a notamment souligné la nécessité de disposer de médias indépendants dotés de moyens suffisants, de journalistes pouvant travailler en sécurité et de contenus accessibles dans les langues utilisées par les populations.
Dans cette perspective, les radios communautaires et les acteurs locaux occupent une place essentielle dans la diffusion d’une information fiable et adaptée aux réalités des communautés.
La deuxième priorité concerne la nécessité de lutter contre la désinformation tout en protégeant la liberté d’expression. Une critique, même dérangeante, ne constitue pas nécessairement une désinformation, pas plus qu’un désaccord ne doit être assimilé à une menace.
La lutte contre les manipulations informationnelles, a-t-elle insisté, doit rester conforme aux droits humains et ne saurait servir de prétexte pour réduire au silence les voix critiques ou entraver le travail des journalistes. Cette responsabilité concerne également les plateformes numériques, appelées à mieux prendre en compte les langues et les réalités locales dans leurs dispositifs de modération.
Enfin, la troisième priorité porte sur le renforcement de la coopération régionale. Les campagnes de désinformation traversent les frontières et circulent dans plusieurs langues. Les acteurs chargés de les détecter doivent donc pouvoir partager rapidement leurs analyses et leurs alertes afin de mieux comprendre les phénomènes et d’y répondre collectivement.

Après le Forum régional organisé à Niamey par l’ANIWEB, puis les initiatives portées à Ouagadougou par le CENEZO, l’étape de Dakar confirme l’émergence progressive d’une dynamique ouest-africaine autour de la résilience informationnelle.
Ces différentes initiatives reposent sur un même constat : la désinformation ne s’arrête pas aux frontières nationales. Les récits trompeurs, les campagnes de manipulation et les contenus haineux circulent rapidement d’un pays à l’autre, s’adaptent aux contextes locaux et peuvent exploiter les tensions politiques, sociales ou sécuritaires.
Pendant deux jours, Dakar se positionne ainsi comme un espace de dialogue et de coopération autour d’un enjeu devenu stratégique pour la région : comment protéger l’intégrité de l’information sans fragiliser la liberté d’expression, et comment faire du numérique un outil de cohésion plutôt qu’un facteur de division ? De Niamey à Ouagadougou, puis à Dakar, une même dynamique se dessine : faire de la résilience informationnelle une responsabilité collective et construire, à l’échelle régionale, des réponses capables de faire face aux nouvelles formes de manipulation de l’information

Soumaila Hainikoye / Président ANIWEB
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FIFAfrica26 : l’ANIWEB participe aux échanges sur l’avenir des droits numériques en Afrique

Quatre jours de débats, de partage d’expériences, de collaboration et de réflexion sur l’avenir des droits numériques en Afrique ont marqué l’édition 2026 du Forum sur la liberté de l’Internet en Afrique (FIFAfrica26), organisé à Maurice.
L’Association Nigérienne des Web-Activistes (ANIWEB) a pris part à cette importante rencontre africaine consacrée à la liberté d’Internet, aux droits numériques, à la cybersécurité, à la gouvernance du numérique et à la protection des utilisateurs.
La clôture du Forum a été marquée par l’intervention de l’honorable Dr Avinash Ramtohul, ministre mauricien des Technologies de l’information, de la Communication et de l’Innovation.
Dans son intervention, le ministre est revenu sur les restrictions d’accès à Internet et aux réseaux sociaux connues à Maurice le 1er novembre 2024. Il a souligné l’importance de préserver la confiance des citoyens dans les systèmes numériques et a affirmé l’engagement de son gouvernement à éviter qu’une telle situation ne se reproduise.
«« Nous, en tant que gouvernement, nous sommes promis que cela ne se reproduirait plus jamais dans notre pays. Parce que cela tue la confiance et la crédibilité dans nos systèmes numériques. »»
Le ministre a également défendu l’idée que l’accès à Internet puisse être reconnu comme un droit fondamental dans les constitutions nationales. Il a par ailleurs appelé les États africains à renforcer leur capacité de négociation avec les grandes plateformes numériques internationales en privilégiant une approche collective à l’échelle du continent.
Selon lui, la force de l’Afrique réside notamment dans son poids démographique et dans sa capacité à porter une voix commune sur les questions numériques.

La participation de l’ANIWEB à FIFAfrica26 s’inscrit dans la continuité de son engagement en faveur d’un espace numérique plus sûr, responsable et respectueux des droits au Niger et dans la région du Sahel.
À travers sa participation aux différentes sessions du Forum, l’organisation nigérienne a contribué aux échanges portant notamment sur la liberté d’Internet, la protection des données personnelles, la cybersécurité, la souveraineté numérique, l’intelligence artificielle et la participation citoyenne en ligne.
Le 28 septembre 2026, l’ANIWEB a notamment pris part à une session consacrée à la ratification de la Convention de Malabo, consacrée à la cybersécurité et à la protection des données à caractère personnel en Afrique. Cette session a permis aux participants d’échanger sur les enjeux liés à l’harmonisation des cadres juridiques africains et au renforcement de la protection des citoyens dans l’environnement numérique.
Le 29 septembre, la délégation de l’ANIWEB a également participé au Digital Youth Workshop, organisé en partenariat avec la Fondation Kofi Annan. Les échanges ont porté sur la démocratie numérique et la citoyenneté, la participation civique en ligne, ainsi que l’intelligence artificielle et la souveraineté des données.
Dans son message de clôture, le ministre mauricien a réaffirmé son soutien à la liberté d’Internet tout en insistant sur la nécessité de mettre en place des mécanismes de protection des utilisateurs.
«« La liberté d’Internet, je la soutiens pleinement, mais nous devons aussi avoir des garde-fous pour assurer la protection des utilisateurs d’Internet. »»
Cette approche rejoint plusieurs préoccupations portées par l’ANIWEB dans ses actions d’éducation aux médias et aux droits numériques au Niger : renforcer les compétences des citoyens, particulièrement des jeunes, afin qu’ils puissent utiliser les outils numériques de manière responsable, tout en connaissant leurs droits et leurs responsabilités.

FIFAfrica26 a également été l’occasion de présenter le rapport « State of Internet Freedom in Africa 2026 », consacré à l’évolution des droits numériques et de la participation démocratique dans plusieurs pays africains.
Le rapport analyse notamment l’impact des systèmes numériques d’identité, de paiement et de gestion des données sur les droits et la participation citoyenne dans 11 pays africains.
Pour l’ANIWEB, cette rencontre à Maurice constitue une nouvelle occasion de renforcer les échanges avec les acteurs africains et internationaux engagés dans la défense des droits numériques et de partager l’expérience nigérienne en matière d’éducation aux médias, de lutte contre la désinformation et de promotion d’un usage responsable des réseaux sociaux.
Au terme de quatre jours de travaux, FIFAfrica26 s’achève ainsi sur un appel à poursuivre les efforts collectifs pour construire un environnement numérique africain où la liberté, la sécurité, la protection des données et les droits des utilisateurs peuvent progresser ensemble.
Le message adressé aux participants résume l’ambition de cette mobilisation : contribuer à laisser aux générations futures un cyberespace dans lequel elles pourront apprendre, participer, s’exprimer et prospérer.
L’ANIWEB réaffirme, à travers sa participation à FIFAfrica26, son engagement à contribuer à cette dynamique au Niger et au Sahel.
#FIFAfrica26 #InternetFreedomAfrica #ANIWEB #Niger #DroitsNumériques #LibertéInternet #Cybersécurité #SouverainetéNumérique

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Panel 2 : Désinformation, manipulation de l’information et discours de haine : quelles réponses régionales ?

Le deuxième panel a été modéré par Madame Rachidatou Abdoul Mounmouni.
Il a réuni :
Monsieur Modibo Fofana, président de l’Association des professionnels de la presse en ligne du Mali ;
Monsieur Noël Tadégnon, représentant de TogoCheck ;
Monsieur Frédéric Doumdé, secrétaire général de l’ONG MEDEV au Tchad.
Expérience du Mali
L’intervention consacrée au Mali a rappelé que le téléphone portable est devenu à la fois une radio, un journal, une télévision, une banque et un outil de communication.
Avec un smartphone et une connexion, tout citoyen peut produire et diffuser une information. Cette démocratisation offre des possibilités importantes, mais elle efface progressivement la frontière entre les producteurs professionnels d’information et les autres utilisateurs.
Dans ce nouvel environnement, le journaliste doit se distinguer par la méthode, la vérification, la contextualisation, l’éthique et la responsabilité.
L’intervenant a souligné le caractère stratégique de l’information dans un contexte de crise. Une publication non vérifiée peut influencer l’opinion, perturber les opérations de sécurité, mettre des vies en danger ou porter atteinte à la souveraineté nationale.
La question des discours de haine a également été abordée. Les médias et les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour amplifier des tensions, opposer les communautés et affaiblir la confiance envers les institutions.
Il a recommandé de sensibiliser les journalistes, les élèves, les organisations citoyennes et les activistes à la vérification des informations, à l’identification des sources et à l’évaluation des conséquences d’une publication.

Expérience du Togo
Monsieur Noël Tadégnon a relevé la fragmentation des cadres réglementaires africains et la nécessité d’harmoniser les approches.
Les pays africains disposent de capacités technologiques et financières limitées lorsqu’ils agissent séparément. Il est donc nécessaire qu’ils coopèrent pour établir un rapport de force plus équilibré avec les grandes plateformes internationales.
Il a estimé que les plateformes qui tirent profit des marchés africains doivent disposer de représentations sur le continent, dialoguer avec les régulateurs, comprendre les langues locales et respecter les législations nationales.
Il a également évoqué les possibilités offertes par l’intelligence artificielle et les outils de collecte automatisée des données. Ces technologies peuvent être utilisées pour développer des solutions utiles, mais elles peuvent aussi faciliter la collecte abusive de données, le profilage et les manipulations.
Il a appelé les développeurs africains à privilégier des usages responsables et éthiques de l’intelligence artificielle.
L’Afrique ne doit pas rester une simple consommatrice de technologies conçues ailleurs. Elle doit investir dans la recherche, anticiper les évolutions et développer ses propres outils.

Expérience du Tchad
L’intervention du Tchad a insisté sur la nécessité d’aborder la désinformation avec le grand public, les communautés locales et la diaspora.
Derrière certaines campagnes de désinformation se trouvent des intérêts économiques, politiques et géopolitiques. La réponse doit donc dépasser les initiatives isolées et s’appuyer sur une posture commune.
L’intervenant a recommandé d’harmoniser les réglementations, de renforcer la coopération entre administrations et d’associer les diasporas aux mécanismes de veille, de sensibilisation et de réponse.

Les échanges ont mis en évidence la nécessité de renforcer les capacités de tous les acteurs afin qu’ils puissent distinguer une information fiable d’un contenu manipulé.
Plusieurs participants ont insisté sur l’éducation aux médias. Les lois et les décisions administratives ne suffisent pas à protéger les populations. Il faut développer des actions concrètes au niveau des écoles, des villages, des communautés rurales, des associations et des médias de proximité.
Il a également été rappelé que l’Afrique constitue un marché important pour les plateformes numériques. Elle ne doit pas rester une simple consommatrice de services et de contenus. Elle doit participer à la conception des technologies, à la production de connaissances, à la gouvernance des données et à la définition des règles.

La modératrice a appelé à unir les forces des gouvernements, des médias, des organisations de la société civile, des entreprises technologiques, des chercheurs et des citoyens. Elle a recommandé l’adoption d’un cadre juridique clairement défini sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, accompagné de mécanismes de formation, de contrôle, de transparence et de protection des droits fondamentaux. 
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Panel 1 : Les droits numériques face aux défis sécuritaires : comment protéger les libertés fondamentales ?
Le premier panel a été modéré par Monsieur Dan Marafa Souley, Journaliste
Il a réuni :
- Monsieur Iro Adamou, expert en droit des technologies numériques et ancien président de la Haute Autorité de protection des données à caractère personnel ;
- Madame Aisha Dabo, cofondatrice et coordinatrice des programmes d’AfricTivistes ;
- Maître Boudal Effred, avocat ;
- Docteur Kabir Sani, ancien président du Conseil supérieur de la communication.
Monsieur Iro Adamou a exposé les tensions entre les politiques sécuritaires et la protection des libertés fondamentales.
Il a rappelé que les technologies numériques permettent de collecter, conserver, croiser et analyser des quantités importantes de données relatives aux personnes. Les téléphones, les caméras, les connexions à Internet, les transactions électroniques, la biométrie et les réseaux sociaux produisent des informations susceptibles d’être utilisées à des fins sécuritaires.
La sécurité constitue un objectif légitime. L’État a le devoir de protéger les citoyens contre le terrorisme, la criminalité organisée, les cyberattaques et les atteintes aux infrastructures essentielles. Cependant, la sécurité ne peut devenir un fondement général permettant de neutraliser les libertés.
Toute mesure de surveillance doit être encadrée par une loi claire, poursuivre un objectif légitime et respecter les principes de nécessité et de proportionnalité.
L’intervenant a souligné les risques d’une surveillance généralisée, de la conservation massive des données et du profilage algorithmique. Les décisions affectant les droits d’une personne ne doivent jamais reposer exclusivement sur un système automatisé sans possibilité de compréhension, de contrôle et de recours.
Il a également abordé les coupures d’Internet et les blocages de plateformes. Une restriction générale affecte indistinctement les auteurs présumés d’infractions, les citoyens ordinaires, les journalistes, les médecins, les entreprises, les ONG et les victimes. Il convient donc de privilégier les mesures ciblées et la responsabilité individuelle.
Il a proposé une doctrine reposant sur la continuité des communications, l’interdiction des coupures générales, la priorité aux mesures ciblées, le contrôle judiciaire et l’obligation de transparence.

Dr Kabir Sani : « Le journaliste doit vérifier les faits avant toute publication sur les réseaux sociaux »
Prenant la parole lors du Forum régional sur les droits numériques et la lutte contre la désinformation en Afrique de l’Ouest et au Sahel, Dr Kabir Sani, ancien Président du Conseil supérieur de la Communication (CSC), a insisté sur la responsabilité particulière des journalistes dans l’espace numérique.
Selon lui, le journaliste doit systématiquement vérifier les faits avant toute publication sur les réseaux sociaux, afin d’éviter de contribuer à la propagation de fausses informations.
Il a également souligné la différence entre le travail journalistique et celui d’un influenceur à la recherche de visibilité : « Le journaliste ne doit pas courir après le buzz, les likes ou le nombre de vues. Sa responsabilité première est de rechercher, vérifier et transmettre une information fiable au public. »
Dans un contexte marqué par la rapidité de circulation des contenus numériques, Dr Kabir Sani a ainsi appelé les professionnels des médias à renforcer leur rigueur, leur éthique et leur responsabilité dans le traitement et la diffusion de l’information.

Madame Aisha Dabo a expliqué que les atteintes aux droits numériques franchissent les frontières, tout comme les campagnes de désinformation, les cyberattaques et les technologies de surveillance.
Elle a recommandé une coopération reposant sur des points focaux connus, un canal d’alerte rapide, une information publique en cas de restriction, un contrôle indépendant de la surveillance et une évaluation après chaque incident.
Elle a rappelé l’importance de distinguer plusieurs notions :
- la mésinformation, qui désigne une information fausse diffusée sans intention établie de nuire ;
- la désinformation, qui implique une intention de tromper ou de causer un préjudice ;
- la malinformation, qui consiste à utiliser une information authentique hors de son contexte ou de manière dommageable ;
- la manipulation et l’ingérence informationnelles étrangères, qui reposent sur des comportements coordonnés et intentionnels destinés à influencer un débat ou un processus national.
Elle a souligné que ces catégories ne justifient pas automatiquement une sanction pénale. Il faut établir la nature du comportement, l’intention, le dommage et la base légale applicable.
Elle a recommandé de consulter les citoyens avant l’adoption de textes relatifs aux droits numériques, de rendre les mécanismes de signalement accessibles à tous, de renforcer l’éducation aux médias, de contrôler les mesures de surveillance et de réexaminer les lois trop vagues.

Maître Boudal Effred a présenté les recours pouvant être mobilisés lorsqu’un agent public ou une autorité porte atteinte à une liberté reconnue par la loi.
Il a rappelé que des dispositions du droit pénal et de la procédure pénale permettent, dans certaines situations, d’engager directement la responsabilité d’un fonctionnaire ou d’une autorité ayant illégalement fait obstacle à l’exercice d’une liberté.
Il a donné l’exemple des interdictions de manifestations publiques pour montrer que les responsables administratifs peuvent être personnellement confrontés aux conséquences de décisions attentatoires aux libertés.
Il a également abordé les infractions liées à l’accès frauduleux, à la collecte ou à l’utilisation illicite de données informatisées.
L’intervenant a recommandé aux citoyens et aux journalistes d’adopter une attitude responsable lorsqu’ils détiennent des informations sensibles, notamment celles susceptibles d’affecter des opérations de sécurité ou de mettre des personnes en danger. Cette prudence ne doit cependant pas supprimer la liberté d’expression ni transformer toute publication en infraction.
Il a insisté sur l’importance de la politique pénale. L’existence d’une infraction ne signifie pas que la privation de liberté doit être systématiquement privilégiée. Les parquets peuvent recourir à des procédures respectueuses des droits de la défense et éviter la détention lorsqu’elle n’est pas nécessaire.

Les échanges ont permis de revenir sur la dépénalisation des délits de presse au Niger.
Monsieur Abdourahmane Ousmane a rappelé que les travaux menés avant l’adoption de l’ordonnance de 2010 avaient permis d’identifier les principaux délits ayant conduit à l’emprisonnement de journalistes : offense, diffamation, injure et diffusion de fausses nouvelles.
La dépénalisation de ces délits avait contribué à l’absence d’emprisonnement de journalistes pour des délits de presse entre 2010 et 2019.
L’adoption de la législation sur la cybercriminalité a toutefois fait apparaître une difficulté : un même contenu pouvait relever du régime dépénalisé lorsqu’il était publié dans un journal imprimé, mais entraîner une poursuite pénale lorsqu’il était diffusé sur Facebook ou par un autre moyen électronique. Cette situation a été perçue comme une remise en cause des acquis de la dépénalisation. Une réforme a donc été proposée afin d’étendre la protection des journalistes aux contenus diffusés par voie électronique, tout en maintenant leur responsabilité civile et professionnelle

Le panel a conclu à la nécessité : d’adapter les textes juridiques aux réalités du Sahel sans sacrifier les droits fondamentaux ; de définir précisément les infractions numériques ; de renforcer les voies de recours ; de rétablir ou consolider des institutions indépendantes de protection des données ; d’encadrer strictement les interceptions de communications ; de privilégier les mesures ciblées aux restrictions générales ; de former les journalistes, les magistrats, les forces de sécurité, les régulateurs et les citoyens ; de vulgariser les textes afin que les citoyens connaissent leurs droits, leurs responsabilités et les limites prévues par la loi. 
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Souveraineté numérique au Sahel : comment protéger l’information sans sacrifier les libertés ?

Lors de la conférence inaugurale du Forum régional sur les droits numériques et la lutte contre la désinformation, organisé par ANIWEB en partenariat avec l’ONC avec l’appui financier de L’international Media Support (IMS), le consultant Abdourahamane Ousmane a posé la question qui traverse toute la région : jusqu’où un État en crise peut-il contrôler l’espace numérique sans étouffer les droits fondamentaux ?
Niamey. Pour ouvrir le Forum régional multi-acteurs sur les droits numériques et la lutte contre la désinformation au Sahel et en Afrique de l’Ouest, les organisateurs ont choisi une conférence au titre éloquent : « Souveraineté numérique, droits fondamentaux et résilience informationnelle : quels défis pour les États du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest ? ». Son intervenant, Abdourahamane Ousmane, consultant en gouvernance, médias et communication, a livré un exposé en quatre temps, du cadre théorique aux recommandations concrètes.
Une « polycrise » où l’information est devenue un champ de bataille
L’orateur est parti d’un constat : depuis la grande sécheresse des années 1970, le Sahel enchaîne les crises. L’anthropologue Jean-Pierre Olivier de Sardan en recense huit dans le Sahel central (Burkina Faso, Mali, Niger) : agro-pastorale, emploi, élites politiques, services publics, islam, occidentalo-centrisme, sécurité et armées nationales. D’autres chercheurs les regroupent en quatre familles, dont la crise informationnelle, désormais reconnue comme une crise à part entière.
Celle-ci est étroitement liée à la crise sécuritaire. Selon une étude de Search For Common Ground citée par le conférencier, le nombre d’internautes a augmenté de 18,5 % au Mali, 18,9 % au Burkina Faso et 20,9 % au Niger entre 2020 et 2021, en majorité des moins de 35 ans. Les violences du monde réel se sont ainsi déversées en ligne, où prospèrent désinformation, manipulation politique, radicalisation et polarisation. L’espace numérique, « naguère lieu de sociabilité, d’amitié et de fraternité », est devenu selon lui un champ de bataille.

Souveraineté numérique : un concept sans définition unique
Le conférencier a rappelé que la souveraineté numérique ne fait l’objet d’aucune définition internationale harmonisée. Le débat s’est relancé en 2013 avec les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance massive menée par la NSA américaine. En synthétisant les travaux du professeur Yaniv Benhamou, il la décrit comme la capacité d’un État à contrôler de façon autonome les infrastructures, les données et les services numériques qui pèsent sur sa démocratie, son économie et sa société. Cela passe par la souveraineté technologique, la souveraineté des données et le contrôle, au moins partiel, de la couche physique des réseaux.
Le problème est que ce ne sont pas les États qui contrôlent la circulation des données, mais les géants privés américains (GAMAM) et chinois (BATHX). Le marché numérique mondial, estimé entre 2 110 et 2 600 milliards de dollars en 2026, est dominé par ces firmes.
Trois modèles s’opposent dans le monde :
- Américain : liberté d’entreprise, illustrée par la Section 230 du Communications Decency Act de 1996, qui exonère les plateformes de responsabilité.
- Chinois : contrôle étatique centralisé des données et des technologies.
- Européen : approche centrée sur l’individu et ses droits, avec le Digital Markets Act et le Digital Services Act.
Afrique et CEDEAO : des cadres ambitieux
Au niveau continental, la Déclaration d’Alger, adoptée le 7 décembre 2025 par les ministres africains des TIC, affirme que l’Afrique ne doit plus être « un marché de consommation et/ou un réservoir de données ». Elle s’articule autour de quatre piliers : un bloc de négociation unique, le réinvestissement local d’une partie des bénéfices des plateformes, le stockage des données en Afrique et un cloud souverain, enfin l’encadrement de l’intelligence artificielle. L’orateur a toutefois précisé que le texte officiel n’est pas encore public.
La CEDEAO, avec sa Stratégie numérique 2024-2029, vise de son côté à réduire la dépendance envers les big tech, protéger les données stratégiques et créer un marché numérique régional unifié. Elle mise sur la cybersécurité, le rapatriement des données, l’intégration des marchés et le développement du capital humain et de l’IA.
Deux constats se dégagent, selon lui. La souveraineté numérique oscille entre cyberdépendance et cyberpuissance. Et ce n’est ni une posture ni une incantation, mais un ensemble de capacités, qui suppose à terme une autonomie industrielle dans la production de biens électroniques.

L’AES : priorité à la résilience informationnelle
L’Alliance des États du Sahel (AES) ne dispose pas, à la connaissance de l’orateur, de document stratégique sur la souveraineté numérique. Elle a en revanche inscrit la souveraineté nationale au cœur de ses textes fondateurs, et c’est la souveraineté informationnelle qui semble prioritaire. Le Sahel central est selon lui la cible de « tirs groupés informationnels » : la guerre d’information entre la France et la Russie, les partisans des régimes déchus et les « maquis numériques » des groupes armés terroristes.
Pour y faire face, les États de l’AES bâtissent un « bouclier informationnel collectif » :
- des médias confédéraux (Tafouk TV, radio Daandè Liptako) ;
- une plateforme des régulateurs des médias (PREMEC-AES) ;
- une stratégie de communication de la Confédération, en cours d’élaboration ;
- des initiatives de veille et de déconstruction des récits hostiles sur les réseaux sociaux ;
- un renforcement des lois contre la cybercriminalité.

Cyberlois : le prix pour les libertés
C’est sur ce dernier volet que le bilan est le plus contrasté. Le Burkina Faso a ouvert la voie en 2018-2019 en sanctionnant la diffusion de fausses informations, d’informations sur les opérations militaires ou d’images d’attaques, avec des peines pouvant atteindre dix ans de prison. Le Niger a adopté en 2019 sa loi sur la cybercriminalité, dépénalisée en 2022 puis durcie en 2024, avec des peines de un à cinq ans, la suppression du sursis et des circonstances atténuantes, et une infraction constituée même si les faits rapportés sont vrais. Le Mali a fait de même en 2019, avec des peines de six mois à dix ans.
Le conférencier constate que ces lois ont conduit à l’emprisonnement de journalistes, de cyberactivistes et de simples citoyens, et qu’elles ont remis en cause la dépénalisation des délits de presse. Il cite International Media Support, pour qui elles sont « préjudiciables au journalisme, aux médias et souvent à la liberté d’expression ». En limitant la liberté des médias, elles réduisent aussi le droit à l’information, pourtant garanti dans les trois pays.
Le défi : sécurité nationale et droits humains
La question centrale, a-t-il posé, est de savoir comment exercer sa souveraineté numérique et informationnelle en pleine polycrise tout en respectant les engagements internationaux, régionaux et nationaux sur les libertés de la presse, d’expression, d’opinion et le droit à l’information.
Le dilemme n’est ni nouveau ni propre au Sahel. Il a rappelé l’exemple américain du USA Patriot Act après le 11 septembre 2001 et la détention de près de 800 personnes à Guantanamo. Face à de telles dérives, des experts ont élaboré deux standards de référence :
- Les Principes de Johannesburg (1995) : toute restriction à la liberté d’expression doit être prévue par la loi, viser un intérêt légitime de sécurité nationale et n’être admise que si le discours est destiné à provoquer une violence imminente. Les sources journalistiques restent protégées.
- Les Principes de Tshwane (2013, adoptés en 2015) : ils admettent le secret sur la défense ou le renseignement, mais pas sur les violations graves des droits humains. Ils protègent les journalistes et lanceurs d’alerte agissant de bonne foi et imposent aux institutions, y compris sécuritaires, d’informer les citoyens.
Ces principes ne sont pas juridiquement contraignants, mais l’orateur leur reconnaît une valeur normative forte. Il invite les États du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest à s’en inspirer pour concilier souveraineté numérique, sécurité nationale et droits fondamentaux.

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À Maurice, le Forum sur la liberté d’Internet ouvre les débats sur l’avenir numérique de l’Afrique

La cérémonie officielle d’ouverture du Forum international sur la liberté d’Internet en Afrique (FIFAfrica 2026) s’est tenue ce Mercredi 30 Septembre 2026 dans la salle Main Ballroom de l’International Mauritius Resort, à Balaclava, à Maurice.
Placée sous le parrainage du ministre mauricien de la Fonction publique et des Réformes administratives, M. Lutchmanah Pentiah, la cérémonie a réuni plusieurs personnalités du monde institutionnel, de la société civile, du numérique et de la création artistique.
Une ouverture placée sous le signe du numérique
La cérémonie a été marquée par plusieurs interventions, notamment celle de M. Mahendranath Basgopaul, secrétaire général de la Coalition du Mouvement Halley et président fondateur du Mouvement Halley, qui a souhaité la bienvenue aux participants.
Roukaya Kasenally, Chair of the Board, ainsi que Dr Wairagala Wakabi, directeur exécutif de CIPESA, ont également pris la parole pour souligner l’importance des enjeux liés aux droits numériques et à la liberté d’Internet sur le continent africain.
Barbra Okafor, fondatrice d’Agency Lab, est également intervenue lors de cette cérémonie d’ouverture. La dimension artistique a été portée par Racheal Ncube, artiste de spoken word, qui a apporté une touche culturelle à cette rencontre internationale.

Réunissant plus de 500 participants, le forum constitue un espace d’échanges autour des grandes transformations qui façonnent aujourd’hui les sociétés africaines.
Les discussions portent notamment sur la démocratie numérique, l’intelligence artificielle (IA), la gouvernance des données et la liberté d’Internet. Ces thématiques prennent une importance croissante dans un contexte marqué par l’accélération de la transformation numérique et l’essor de nouvelles technologies.
Les échanges réunissent des acteurs issus de différents horizons afin de partager leurs expériences, analyser les défis actuels et réfléchir aux perspectives d’un environnement numérique favorisant la participation citoyenne, l’innovation et la protection des droits.
L’Afrique face à une nouvelle étape de sa transformation numérique
Au-delà des débats sur les technologies, le forum met en lumière les questions de gouvernance, de droits et de participation citoyenne qui accompagnent la transformation numérique du continent.
L’intelligence artificielle, en particulier, soulève de nouvelles interrogations concernant l’utilisation des données, la protection de la vie privée, la circulation de l’information et les mécanismes de gouvernance adaptés aux réalités africaines.
À travers ces échanges, le FIFAfrica 2026 se présente ainsi comme un espace de dialogue entre décideurs, organisations de la société civile, experts du numérique, chercheurs, acteurs des médias et jeunes engagés, autour d’une question centrale : comment construire un avenir numérique africain qui conjugue innovation, droits et participation citoyenne ?
La participation de représentants de différents pays africains témoigne de la dimension continentale de cette rencontre consacrée à l’avenir de l’espace numérique africain.

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Quartier Aéroport : un dialogue numérique citoyen pour promouvoir l’éducation aux médias

Sensibiliser les jeunes au bon usage des réseaux sociaux en s’appuyant sur les langues nationales : c’est l’approche adoptée par l’Association Nigérienne des Web-Activistes (ANIWEB) à travers un dialogue numérique citoyen organisé mercredi 30 septembre 2026 dans le quartier Aéroport, dans la commune 4 de Niamey.
Cette activité s’inscrit dans le cadre de la deuxième phase du projet « Éducation aux médias : Guide du citoyen connecté au Niger », mis en œuvre par l’ANIWEB avec l’appui de International Media Support (IMS) à travers son Programme Sahel.
À travers cette initiative, l’ANIWEB entend rapprocher les actions d’éducation aux médias des communautés et renforcer les capacités des citoyens, particulièrement des jeunes, face aux nombreux défis liés à l’utilisation du numérique.
Les échanges ont notamment porté sur la lutte contre la désinformation et les infox, l’utilisation responsable des réseaux sociaux, la citoyenneté numérique ainsi que les bonnes pratiques en matière de sécurité en ligne.
L’objectif est de permettre aux participants de mieux comprendre les mécanismes de circulation de l’information sur les plateformes numériques et de développer les réflexes nécessaires pour vérifier une information avant de la partager.

Les langues nationales au cœur de la sensibilisation
L’une des particularités de cette rencontre a été le recours aux langues nationales comme principaux outils d’animation et de sensibilisation.
Cette approche de proximité a permis d’expliquer, dans un langage accessible, des notions parfois complexes liées au numérique, notamment les algorithmes, les fausses informations (fake news), le cyberharcèlement, la protection des données personnelles et les mesures de sécurité en ligne.
Pour l’ANIWEB, l’utilisation des langues locales constitue un moyen de rendre l’éducation aux médias plus inclusive et de toucher un public plus large, indépendamment du niveau d’instruction des participants.

La démarche communautaire adoptée par l’ANIWEB a suscité une participation active des jeunes du quartier Niamey 2000. Plusieurs participants ont partagé leurs expériences sur les réseaux sociaux ainsi que les difficultés auxquelles ils sont confrontés quotidiennement dans l’espace numérique.
Les discussions ont également permis aux participants de poser des questions et d’échanger directement avec les animateurs sur les comportements à adopter face aux contenus trompeurs, aux manipulations de l’information et aux risques liés à une utilisation imprudente des réseaux sociaux.
À l’issue de la rencontre, les jeunes participants ont exprimé leur satisfaction et souhaité la pérennisation de ces actions de sensibilisation. Ils ont également appelé l’ANIWEB et ses partenaires à poursuivre et à étendre cette initiative dans les autres quartiers de Niamey et dans les différentes régions du Niger.

Le chargé du projet, Awal Oumarou Ibrahim, souligne l’importance de poursuivre les actions de proximité afin d’accompagner les citoyens nigériens face aux mutations de l’environnement informationnel et numérique.
À travers ces dialogues citoyens, l’ANIWEB entend contribuer à la construction d’un espace numérique plus sûr, inclusif et responsable, où chaque citoyen dispose des connaissances nécessaires pour s’informer, vérifier et partager l’information de manière responsable.

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Digital Youth Workshop : la jeunesse africaine mobilisée pour renforcer la démocratie numérique

La journée du 29 septembre a été consacrée au Digital Youth Workshop, organisé dans le cadre d’un partenariat entre Digitalise Youth et la Fondation Kofi Annan. Cette rencontre a réuni de jeunes acteurs, défenseurs des droits numériques, militants et promoteurs de la démocratie venus de plusieurs pays africains autour des enjeux liés à la citoyenneté numérique, à la participation civique et à la souveraineté technologique.
Les travaux se sont articulés autour de plusieurs panels consacrés aux grands défis auxquels la jeunesse africaine est confrontée dans l’espace numérique.
Le premier panel, consacré à la « Digital Democracy and Citizenship », a été présenté par MBi Aziseh, du Cameroun. Les échanges ont porté notamment sur le rôle du numérique dans le renforcement de la citoyenneté, de la participation démocratique et de l’engagement des jeunes.

Le deuxième panel, consacré à la participation civique en ligne, a été animé par Aïssa Dabo, membre d’Africtivistes au Sénégal. Cette session a permis d’examiner les opportunités offertes par les plateformes numériques pour favoriser l’engagement citoyen, tout en mettant en lumière les défis liés à l’accès à l’information, à la désinformation et à la protection des droits fondamentaux en ligne.

La question de l’intelligence artificielle et de la souveraineté des données a également occupé une place importante dans les discussions. Cette session a été présentée par Samaila Atsen Bako de Code for Africa, avec un accent particulier sur les enjeux liés à la maîtrise des données africaines, à l’évolution rapide des technologies d’intelligence artificielle et à la nécessité de renforcer les capacités des acteurs du continent.

Le Niger était également représenté à travers Rabilou Nana Aïchatou, de l’Association Nigérienne des Web-Activistes (ANIWEB), qui a présenté le thème : « Construire des coalitions pour le changement : comment impacter grâce au plaidoyer ».
Son intervention a mis en avant l’importance de la mise en réseau des organisations de la société civile, des jeunes activistes, des défenseurs des droits numériques et des acteurs engagés dans la promotion de la démocratie. Elle a également souligné le rôle du plaidoyer collectif dans la transformation des recommandations issues des espaces de dialogue en actions concrètes.

Des recommandations pour renforcer les collaborations
S’appuyant sur les enseignements et expériences issus de 14 pays africains, le Digital Youth Workshop a constitué un espace de réflexion sur les possibilités de collaboration et de plaidoyer entre les défenseurs des droits numériques, les jeunes militants et les acteurs engagés en faveur de la démocratie sur le continent.
Les différentes sessions ont permis aux participants de partager leurs expériences, d’identifier les principaux défis rencontrés dans leurs contextes respectifs et de dégager des pistes de collaboration pour les prochaines étapes.
Les échanges ont notamment insisté sur la nécessité de renforcer le dialogue entre les gouvernements, les acteurs technologiques et la société civile, afin de favoriser l’adoption et la mise en œuvre des recommandations formulées par les participants.
À travers ces discussions, le Digital Youth Workshop confirme l’importance de donner une place accrue à la jeunesse africaine dans les débats sur l’avenir du numérique, la démocratie, les droits humains et la gouvernance des technologies.
Pour les participants, l’enjeu est désormais de transformer les échanges et recommandations en actions collectives, stratégies de plaidoyer et coalitions capables d’influencer durablement les politiques publiques numériques en Afrique.

Rabilou Nana Aïchatou, de l’Association Nigérienne des Web-Activistes (ANIWEB)
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Face à la désinformation : des journalistes nigériens se mobilisent

Photo prise lors de l’atelier de formation des journalistes radios sur le fact checking et la création d’émission rubriques radiophoniques sur la lutte contre la désinformation
Au Niger, les fausses informations circulent très vite sur WhatsApp. Une fausse alerte de sécurité peut se répandre en quelques minutes. Face à ce danger, des médias et des associations comme l’association nigérienne des web activistes (ANIWEB), créée en 2022 par des acteurs numériques composés de web activistes et de journalistes, ont trouvé une solution : vérifier les rumeurs et diffuser une information vérifiée dans les langues locales.
Une rumeur peut tuer
Dans la zone frontalière entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, une fausse information peut avoir des conséquences graves. Une vidéo accompagnée d’un message audio en langue haoussa, avait été diffusée dans un groupe WhatsApp. Elle annonçait qu’un puits à eau, situé sur le tronçon Téra (au Niger) – Dori (au Burkina Faso), avait été empoisonné. Ce message a immédiatement provoqué la panique au sein des communautés locales. Dans cette région, la désinformation est un vrai danger pour la sécurité et la paix entre les communautés.
Des journalistes et des web activistes nigériens ont décidé d’agir. Ils vérifient les fausses informations afin d’éviter qu’elles ne fassent trop de dégâts. L’association nigérienne des web activistes (ANIWEB) est une organisation active dans la lutte contre la désinformation et la protection des droits numériques au Niger. Elle fonctionne comme un projet financé par des bailleurs (IMS, Ambassade d’Allemagne, UE). Au sein de cette association travaillent des journalistes et web activistes regroupés autour d’une coalition numérique de vingt (20) membres qui font la veille numérique et déconstruisent les contenus faux à travers la rédaction des articles de fact checking publiés sur les plateformes numériques. Aussi des émissions sont réalisées ainsi que des podcasts pour sensibiliser les acteurs numériques face à la montée en puissance de la désinformation et surtout de la nécessité de vérifier une information avant de la partager afin de préserver la paix et la cohésion sociale. A cela s’ajoutent les séries de renforcement des capacités des internautes à travers les cliniques numériques et les dialogues numériques sur l’éducation aux médias sociaux et à l’information. Ces formations touchent plusieurs couches de la société dont les leaders religieux, les jeunes, les étudiants, les élevés, les non scolarisés etc.
Pourquoi le Niger est-il si touché ?
Pour comprendre l’ampleur du problème, il suffit d’observer deux situations récentes ou de fausses informations ont provoqué des répercussions directes sur le quotidien des nigériens.
La fausse arnaque au recrutement : Sur Facebook, une publication a circulé, prétendant le lancement d’un recrutement à la douane nigérienne. Plusieurs jeunes à la recherche d’un emploi ont été victimes d’escroquerie. Les journalistes d’ANIWEB ont rapidement vérifié l’authenticité de la page et de la publication. Ils ont démontré qu’aucun recrutement n’a été annoncé par la douane du Niger dans les médias d’Etat notamment la télévision et la radio nationales et le sahel dimanche. La Direction générale des Douanes utilise ces médias pour tous ses communiqués. Par ailleurs, la signature du chef de service des relations publiques et de la communication ne figure pas sur le document utilisé sur les réseaux sociaux.
Un autre exemple, ce sont des publications faisant cas du ralliement des hauts commandants de la garde et de la gendarmerie aux mutins. Quelques heures après le début des tirs d’armes des mutins à la base 101 et à des endroits stratégiques de Niamey, des publications sur les réseaux sociaux ont tenté de faire croire à une fracture au sein du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) qui dirige le pays depuis le 26 Juillet 2026. Selon ces publications, les deux hauts responsables de la garde et de la gendarmerie nationales auraient rejoint les mutins. Les journalistes et web activistes de ANIWEB ont contacté plusieurs sources qui ont nié les allégations et ont rapporté qu’il s’agit d’une fausse information. Les services concernés ont même publié des communiqués pour démentir. Des plateformes médiatiques membres de la coalition numérique ANIWEB ont relayé sur Facebook et dans des groupes WhatsApp les communiqués publiés par ces institutions militaires accompagnés d’un audio explicatif.
L’utilisation des smartphones par les nigériens joue un rôle important dans l’amplification des fausses informations. Selon une enquête de 2025 de l’Institut National de la Statistique du Niger, 84 % des ménages au Niger ont un smartphone. Beaucoup s’en servent surtout pour WhatsApp. Mais l’usage du téléphone s’est développé plus vite que l’éducation aux médias. Les populations ne reconnaissent pas toujours une fausse information.
Aussi, beaucoup de personnes ne savent pas lire. Les articles de vérification écrits en français ne touchent donc qu’une petite partie de la population. C’est pourquoi les messages vocaux sont si populaires. Sur WhatsApp, les informations circulent surtout par messages audios, dans les langues locales. Dans une société où la parole compte beaucoup, un message vocal envoyé par un proche inspire confiance, même s’il est faux. Ces messages vocaux ne sont pas surveillés par les grandes plateformes technologiques.
Utiliser les mêmes outils pour riposter
Pour lutter contre la désinformation au Niger, des médias comme le Studio Kalangou et des associations comme ANIWEB (Association Nigérienne des Web Activistes) ont créé des équipes de vérificateurs suivant une méthode articulée autour de quatre étapes:
- La veille : surveiller les groupes WhatsApp populaires (taxis, commerçants, quartiers) pour repérer les informations douteuses.
- La vérification : utiliser des outils techniques (recherche d’images, analyse des métadonnées) et vérifier sur le terrain auprès de sources fiables.
- La traduction : transformer le résultat de la vérification en un court audio ou vidéo, simple et clair, dans les langues locales.
- La diffusion : renvoyer cet audio dans les groupes WhatsApp et le diffuser à la radio dans tout le pays.
Mais ANIWEB fait face à plusieurs difficultés notamment le nombre important de fausses informations circulant sur les réseaux sociaux, le cadre juridique répressif sur le numérique, la dépendance aux financements externes. Néanmoins, on peut citer des réussites comme les campagnes de sensibilisation (Tahoua, Maradi, Niamey) en partenariats avec DCAF et FESPa, les ateliers multi-acteurs sur les droits numériques des jeunes, les formations de journalistes au fact-checking avec Digitalise Youth et les cliniques numériques, les Dialogues avec International Media Support (IMS)
Selon Afrobarometer, la radio reste le média le plus utilisé et le plus fiable pour environ 60 % de la population en Afrique subsaharienne. En passant par les radios locales, les équipes de vérification gagnent la confiance du public.
Des résultats encourageants, mais des difficultés
Récemment, une rumeur sur des mouvements de troupes près de la frontière avec le Burkina Faso a provoqué la panique. Grâce à un audio de vérification diffusé en moins de deux heures, les transporteurs routiers ont été rassurés. Un blocage économique a ainsi été évité.
Les journalistes remarquent aussi un changement de comportement : de plus en plus de citoyens envoient eux-mêmes les messages douteux aux médias, avant de les partager.
Mais ce travail reste difficile pour trois raisons principales :
- La rapidité : créer une fausse rumeur prend quelques secondes. La vérification prend plusieurs heures. Les fausses informations ont donc toujours une longueur d’avance.
- La méfiance de certains groupes : les vérifications fonctionnent bien pour les personnes indécises. Mais dans les communautés très divisées, certains pensent que les journalistes cachent la vérité.
- Le manque de financement : les équipes de vérification dépendent surtout de l’aide internationale et du travail bénévole de jeunes web activistes. Sans financement stable, ce travail important risque de s’arrêter.
Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de six mois du Projet SAIL du Centre d’innovation et de développement du journalisme (CJID).
Par Ibrahim Awal Oumarou
